Je suis doula, sans enfant.

Je suis doula, et je n’ai pas d’enfants.

Ce thème est un gros pavé lancé dans la mare !!!

Installe toi (si tu veux!) avec une tisane et un plaid, car ça va être un peu long !

L’injonction à devenir mère est encore très présente dans nos inconscients collectifs, notre construction sociale, familiale, amicale…

Je peux difficilement m’exprimer sur le sujet en faisant l’impasse sur la notion d’injonction(s).

Commençons par le commencement !

Une injonction, Késécé ! ?!

Selon le dictionnaire, c’est une action d’enjoindre une autre personne à faire quelque chose, c’est un ordre posé par l’extérieur.

Lorsque je me soumets à une injonction, c’est souvent ( mais pas toujours), une chose que je vais faire qui m’est demandé par l’extérieur : ma famille, mon-ma conjoint.e, un médecin, un employeur, etc.

Voici quelques exemples pour illustrer cette première forme d’injonction :

« Tu devrais porter cette tenue, plutôt que celle-ci , parce que tu paraitrais moins vulgaire.»

« Alors, quand est-ce que tu fais un bébé ? »

« Nan, mais quand même, c’est normal si ton mec il a plus envie que toi. Tu devrais te détendre un peu ! »

Je peux aussi me soumettre à une injonction sans qu’on me le demande formellement, mais parce je pense que c’est ce qu’il faut faire pour être bien vu, accepté, aimé, etc.

Voici quelques exemples pour illustrer mon propos :

« Je suis une femme, c’est normal que je prépare plus à manger. »

« J’aimerais bien gagner de l’argent et être indépendante, mais c’est dur pour une femme. »

« Rolala, si je ne m’épile pas, mon mec va me dire que c’est dégeulasse. »

En gros, les injonctions existent partout, tout le temps.

A mon humble avis, c’est une des conséquences du patriarcat, et du système de domination qui existe encore aujourd’hui entre différentes personnes et classes sociales.

C’est un système de fonctionnement sociétal et global, qui entretient :

  • Les gens du pouvoir au pouvoir.
  • Le système de domination des hommes sur les femmes.
  • Le système de domination des blanc.he.s sur les gens racisé .e.s, ou sur les minorités.
  • La pensée unique.
  • Les croyances limitantes qui sont souvent totalement infondées…

Ce qui est douloureux, c’est de se rendre compte qu’on est globalement incapable d’accueillir l’autre avec ce qu’elle/il est. On aimerait qu’elle/il fasse tel ou tel truc car ON pense que c’est la meilleure chose à faire, la meilleure marche à suivre.

Les injonctions se retrouvent partout : dans les annonces publicitaires, dans les repas familiaux, dans le travail, dans la sexualité, dans le couple, dans la maternité, dans l’accouchement, dans le post-partum, dans la vie des femmes, dans la vie des hommes…

ELLES SONT PARTOUT !!!

Quand on effectue un pas de côté, c’est vraiment effrayant à observer. Beaucoup de personnes ne se rendent pas compte qu’elles donnent des conseils non sollicités.

Qu’elles disent des phrases du genre :

«  Ah mais si j’étais toi, je ferais… »

ou

« Vraiment, je ne comprends pas pourquoi tu fais ceci, c’est absurde. Moi j’ai fais ça et c’était top. »

Et bien sûr, on est aussi capable de s’auto enfermer en effectuant un acte qui nous déplait. Mais on le fait quand même, parce qu’on est persuadé que c’est ce qu’on est CENSé réaliser.

Tout cela pose un tableau pas très glorieux, j’en conviens.

Mais fort heureusement, beaucoup de personnes se remettent en question, déconstruisent les idées toutes faites. Des associations militent pour que les lignes bougent. Les artistes, écrivain.e.s, militant.e.s, etc, se mobilisent pour faire changer les choses.

Maintenant que j’ai posé ma micro analyse de l’injonction, je reviens vers ma propre expérience. Je vais expliquer en quoi je ne pensais pas du tout pouvoir être doula, et comment j’ai cheminé et dépassé ces aprioris !!!

Pour cela, j’ai besoin de remonter en 2018 !

A ce moment là, j’habite sur une île en Bretagne sud. Je me questionne depuis quelques années déjà sur le fait que j’aimerais travailler avec des femmes. Et transmettre ce que j’ai reçu lors de différents stages, lectures, échanges, expériences… Je ne trouve pas encore la porte d’entrée à ce projet.

Une amie m’avait déjà parlé du métier de doula en 2017, mais c’était trop tôt dans le processus pour que je retienne l’information !

Elle m’en reparle et là, tout tombe sous le sens. Mais oui, c’est ça que je veux faire. Cela m’a paru tellement évident que j’en étais radieuse !

Trouver enfin un métier qui fait sens pour moi. Qui est multidisciplinaire et adaptable à mes compétences… Qui est indépendant, sans chef.fe.s ni horaires fixés par l’exterieur ! Que demander de mieux !!!

Je suis en Joie totale ! Je me documente et me renseigne sur les différentes formations possibles. Leurs coûts, si elles sont en virtuel ou en présentiel…

Au fur et à mesure de mes recherches, un doute s’installe.

Je n’ai pas d’enfants. Vais-je être capable d’accompagner les femmes et les parents dans ce passage de vie ? Suis-je légitime pour être à leurs côtés à ce moment de leurs vies ?

Bon.

Mon enthousiasme prend un coup dans l’aile. Et mon rêve vacille. Un peu. Car c’est mal me connaître que d’imaginer que je vais m’effondrer et lâcher l’affaire aussi facilement !!!

A ce moment là, je ne le comprends pas encore, mais ce sont des injonctions sociétales qui me rattrapent. J’ai une gratitude infinie auprès de mes parents qui ne m’ont jamais posé de pression autour de ce sujet.

( Si vous lisez ces mots, chers parents, merci, je vous aime!)

Assez rapidement, je parviens à m’inscrire à une Journée d’informations des doulas de france. JIDDF pour les intimes.

Cela se déroule sur un jour ou deux jours. Le but étant d’informer les futures doulas à propos de ce métier, du cadre légal, de l’écoute active… Je ne me souviens même plus des détails !!! Seulement de quelques personnes rencontrées. Et des informations transmises.

Je me souviens d’Aline, qui était une des formatrices présentes.

Et ses mots ont juste tout changé pour moi, et là où j’en suis aujourd’hui. ( Alors merci à toi Aline si tu me lis!)

A ma question un peu nerveuse :

« Est-ce que je peux être doula sans avoir d’enfants ? », elle se fige et rigole.

Elle me répond :

«  Bien sûr !!! Le fait que tu aies des enfants ou non ne définit pas ta capacité d’écoute. Cela ne te définit absolument pas dans ta pratique, ni dans tes compétences d’accompagnante. Et d’ailleurs, cela ne te définit pas toi, en tant que telle. Ton savoir, ton empathie, ton écoute active, etc… Tout cela n’a rien avoir avec le fait d’avoir des enfants. »

Voilà !

J’étais aux anges, et son applomb a terminé de me convaincre : je serais doula !

Sans ses mots et sa posture assurée, mon cheminement aurait sans doute été tout autre. Les injonctions extérieures qui me faisaient douter n’avaient dorénavant plus de place dans ma tête et dans mon cœur. Je savais que j’étais à la bonne place.

Bien sûr, cela revient parfois. Mais cela ne m’empêche pas d’agir.

Bien sûr, je ne possède pas la compréhension dans mon propre corps, car je n’aies pas vécu d’accouchement.

Mais je sais. Car je lis, je me forme, j’écoute les témoignages, je regarde des vidéos, j’interrroge, j’écoute les femmes…

Et si une femme souhaite une doula qui a des enfants, ma foi, ce n’est pas un soucis ! J’ai des consœurs à lui proposer !

Suite à cela, j’ai posé ma candidature pour réaliser la formation avec l’Institut des doulas de France. Et en janvier 2019, j’embarquais pour cette incroyable aventure.

J’ai encore tellement appris ! Je suis riche de rencontres et d’échanges avec plus de 20 femmes durant cette année de formation.

J’ai continué à déconstruire des injonctions qui me collaient aux basques. Ou même mis en lumière certaines qui trainaient dans mon inconscient…

Cela m’aide à me (re)construire avec des bases solides. A vaincre des peurs. A les expliquer. A poser mes limites, en tant que femme, en tant qu’artiste, en tant que doula…

Cela m’aide à me respecter davantage, ainsi qu’à comprendre les autres davantage.

Je suis extrêmement émue et reconnaissante de regarder tout le chemin parcouru depuis mon retour en France, en 2014…

Je te souhaite de pouvoir piétiner tes propres injonctions, de leur tirer la langue, et de te sentir dans ta pleine souveraineté!

Partout. Tout le temps.

Avec tout mon amour,

Aude

2 réponses

  1. Merci Aude pour ce clin d’œil.
    Je ne m’étais pas rendu compte à ce moment là du pouvoir de mes mots. C’est extraordinaire tout ce chemin parcouru.
    Bravo à toi !

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